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Bilan carbone maritime : pourquoi les navires en exploitation sont l'angle mort de la décarbonation

 impact environnemental du trafic maritime

Le transport maritime représente environ 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Un chiffre qui paraît modeste — jusqu'à ce qu'on rappelle que, sans action concrète, ces émissions pourraient atteindre 130 % de leur niveau de 2008 d'ici 2050. Pourtant, la grande majorité des efforts de décarbonation se concentre sur les navires neufs.


Le problème ? Il y a aujourd'hui 110 000 navires en exploitation dans le monde, et les chantiers navals n'en produisent que 900 par an. Même en construisant 100 % de navires zéro émission dès aujourd'hui, il faudrait plus de 120 ans pour renouveler la flotte mondiale. La vraie bataille se joue donc sur les navires déjà en service — et elle n'est pas encore engagée.


Le problème : on ne peut pas décarboner ce qu'on ne mesure pas

Pour réduire ses émissions, un armateur doit d'abord savoir ce qu'il émet. Et c'est là que le bât blesse. Aujourd'hui, la grande majorité des opérateurs maritimes navigue à l'aveugle sur leur empreinte carbone.


Les raisons sont multiples :

  • Les données de consommation sont dispersées entre le carnet de bord papier, les bons de commande carburant et les relevés moteur

  • Les facteurs d'émission varient selon le type d'énergie (diesel, GNL, hydrogène, e-méthanol…) et sont rarement maîtrisés à bord

  • Les obligations réglementaires — CSRD, CII, MRV européen — se multiplient, mais les outils pour y répondre simplement n'existent pas encore

Résultat : quand un armateur veut faire son bilan carbone, il s'engage dans un processus manuel, long et coûteux — ou il ne le fait tout simplement pas.


80 % de l'empreinte d'un navire vient de son exploitation

C'est le chiffre clé : 80 % de l'empreinte carbone d'un bateau est générée après sa mise à l'eau, pendant son exploitation quotidienne. La construction du navire, la fabrication des matériaux, les chantiers — tout ça ne représente que 20 % du bilan.


Ce constat a une implication directe : agir sur les navires existants, sur leur façon d'être exploités, est de loin le levier le plus efficace pour décarboner le secteur. Plus efficace que d'attendre la prochaine génération de navires. Plus immédiat que les grandes politiques internationales.


Les principaux postes émetteurs à bord sont :

  • La propulsion (moteurs principaux, consommation carburant)

  • La production d'électricité (groupes électrogènes)

  • Les auxiliaires (pompes, climatisation, systèmes de navigation)

  • Les opérations portuaires (alimentation à quai, manœuvres)


Identifier ces postes, les quantifier, et les comparer dans le temps : voilà le travail que la plupart des armateurs ne peuvent pas encore faire facilement.


Comment automatiser le bilan carbone d'un navire ?

C'est le défi qu'a relevé BoatOn, société bordelaise spécialisée dans la digitalisation du maritime, avec le soutien de l'ADEME (Agence de la transition écologique). En 2025, BoatOn a intégré au sein de son logiciel BoatOn Book le premier système de bilan carbone automatisé dédié aux navires en exploitation.


La logique repose sur trois briques complémentaires :

  1. La GMAO intégrée — La gestion de maintenance collecte automatiquement les données techniques : types d'énergie utilisés, volumes embarqués, facteurs d'émission associés à chaque équipement. Plus besoin de ressaisir manuellement.

  2. Le livre de bord automatique — Au-delà de satisfaire une obligation réglementaire, le livre de bord enregistre en continu les données de navigation : vitesse, cap, distance parcourue, consommation, passagers ou marchandises transportés. Ces données alimentent directement les calculs d'émissions.

  3. Les algorithmes propriétaires + base Empreinte® ADEME — En s'appuyant sur la base de données officielle de l'ADEME et sur la méthodologie du GHG Protocol, le système modélise automatiquement les principaux gaz à effet de serre (CO₂, CH₄, N₂O) et polluants atmosphériques (SOx, NOx, particules fines), sans intervention humaine.


Le résultat : un tableau de bord interactif, mis à jour en temps réel, accessible depuis un ordinateur ou un smartphone — même sans connexion internet.

 bilan carbone automatisé fait avec l'ADEME

Ce que le tableau de bord permet concrètement

Un armateur qui utilise le module bilan carbone du BoatOn Book peut, en quelques clics :

  • Visualiser ses émissions de GES (scope 1) par navire, par flotte ou par période

  • Analyser sa consommation énergétique : carburant fossile, électricité, hydrogène, GNL, e-méthanol…

  • Suivre les polluants atmosphériques : oxydes de soufre, oxydes d'azote, particules fines

  • Calculer ses dividendes carbone — les tonnes de CO₂ évitées grâce aux alternatives déployées (propulsion électrique, escales à quai branchées, etc.)

  • Comparer ses performances dans le temps pour mesurer l'impact réel des actions menées


Ces indicateurs peuvent ensuite être exportés pour répondre aux obligations de reporting (CSRD, CII) ou communiqués aux clients et partenaires comme preuve tangible d'engagement environnemental.


Au-delà du bilan carbone : une vision complète de la performance

Le bilan carbone ne vit pas seul. Pour qu'un armateur puisse vraiment agir, il doit pouvoir mettre en perspective ses données environnementales avec ses données financières et opérationnelles. C'est pourquoi le BoatOn Book propose également :

  • Un tableau de bord technique : taux de disponibilité, MTBF, MTTR, fréquence des pannes, coût moyen par intervention

  • Un tableau de bord commercial et financier : chiffre d'affaires par navire, coût d'exploitation, taux de remplissage, marge par voyage

  • Un tableau de bord RH : temps de travail, heures de repos, conformité MLC

Tous ces indicateurs s'alimentent automatiquement depuis les données saisies au quotidien par les équipes à bord — sans double saisie, sans tableur Excel.


Les erreurs fréquentes à éviter

Confondre rapport carbone et action carbone

Produire un PDF annuel sur ses émissions ne réduit rien. L'enjeu est d'avoir des données en temps réel pour identifier les leviers d'action et mesurer leur impact mois après mois.


Sous-estimer la granularité nécessaire

Un bilan carbone global à l'échelle de la flotte ne permet pas de prioriser. Il faut descendre au niveau du navire, voire de la mission, pour identifier ce qui consomme vraiment.


Traiter le bilan carbone comme un projet ponctuel

C'est un processus continu. Les émissions évoluent avec les routes, les équipements, les équipages. Seul un outil automatisé permet de le suivre sans y consacrer des ressources dédiées.


En résumé : les points clés à retenir

  • Le transport maritime représente ~3 % des émissions mondiales de GES, avec un risque de +130 % d'ici 2050 sans action

  • 80 % de l'empreinte carbone d'un navire provient de son exploitation, pas de sa construction

  • La flotte existante (110 000 navires) ne sera pas renouvelée avant 120 ans : c'est sur elle qu'il faut agir maintenant

  • Mesurer ses émissions en temps réel est la première étape obligatoire pour toute démarche de décarbonation

  • Des outils comme BoatOn Book, développé avec l'ADEME, permettent d'automatiser ce bilan sans expertise spécifique ni ressources dédiées


La décarbonation du maritime ne se fera pas en attendant le prochain navire. Elle se fera en optimisant ceux qui naviguent aujourd'hui.


 
 
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